Témoignages

dimanche 9 mai 2004, acast


Témoignage M. René Lafaille, ex-habitant de Saint Leu La Forêt, à 25 km de l’aéroport Roissy Charles De Gaulle

Résidant à Saint Leu La Forêt, à 25 km de l’aéroport Roissy Charles De Gaulle, j’ai travaillé comme spécialiste acoustique dans le BTP pendant 20 ans, principalement à Goussainville, banlieue située à 15 km de Roissy dans l’axe des pistes. Ainsi, j’ai non seulement une expérience en tant que riverain mais j’ai également été sensibilisé à celles de nombreux autres riverains, également confrontés aux nuisances aéroportuaires sur leur environnement (bruit, pollution, etc.).

Il faut savoir que les habitants de Goussainville n’ont pas été indemnisés pour ces nuisances, l’emplacement de Goussainville étant considéré comme trop éloigné de l’aéroport pour être exposé (ce n’est qu’à 15 km et, de plus, dans l’alignement des pistes !). Les solutions acoustiques que j’ai fournies à ses habitants sont pourtant significatives : deux double vitrages - solution maximale coûtant deux fois le prix d’un double vitrage simple - et une isolation extérieure maximale - l’isolation intérieure ne suffisant pas - comportant une double couche de laine de verre, une couche de polystyrène, une plaque de placo, et coûtant trois fois le prix d’une isolation extérieure classique ! Plus de la moitié de la population n’ayant pas pu effectuer ces travaux trop coûteux ont du déserter la ville. Peu à peu, Goussainville est devenue une ville fantôme, caractérisée par de nombreuses villas à l’abandon, dont certaines très belles, que personne ne veut racheter même pour un euro symbolique. Evidemment les commerçants ont suivi le mouvement, faute de clients. Un vrai paysage de désolation ! C’est sans compter les toits des maisons qui s’écroulent, suite aux glissements des tuiles Canal qui ont la particularité de ne pas résister aux vibrations causées par les va-et-vient des avions. Il est d’ailleurs à noter que la tuile Canal est très utilisée pour le toits de nos maisons dans le sud toulousain. Si un aéroport venait à s’implanter dans notre région, cela impliquerait immanquablement un coût prohibitif pour fixer ces tuiles.

J’ai pu observer d’autres phénomènes, auxquels j’ai été moi-même confronté à Saint Leu La Forêt, pourtant plus éloignée : outre le passage incessant d’avions toutes les 10 secondes, un dépôt régulier de tâches noirâtres sur le linge mis à sécher en extérieur, la végétation des jardins et les toits de maisons. Cette « suie » serait due au dégazage de kérosène, carburant utilisé par les avions. Il est également impossible de discuter en extérieur, le bruit assourdissant ne permettant pas de s’entendre. A la longue, c’est vraiment insupportable de vivre dans ces conditions. Finalement, j’ai dû moi aussi me résigner à quitter les lieux et je vis aujourd’hui à Calmont, où plane la menace qu’un tel cauchemar se reproduise...

M. René Lafaille

Interview de l’ACAST à Angélique Eyrolles, Habitante de la proche banlieue d’Orly pendant 7 ans

ACAST : Pourquoi avoir quitté la région parisienne pour venir vous installer dans notre région ?

AE : Eh bien, comme beaucoup de parisiens, je ne supportais plus le bruit, la pollution et la foule. Même en gagnant bien ma vie, je ne retrouvais pas de réelle qualité de vie. L’Ariège offre une qualité de vie sans équivoque, qui devient rare et recherchée ; ce n’est pas pour rien si les étrangers se ruent sur nos quelques paradis épargnés par le progrès industriel.

ACAST : A quelle distance de l’aéroport d’Orly habitiez-vous ?

AE : J’ai déménagé plusieurs fois mais en restant toujours dans un périmètre de 30 à 50 km autour de l’aéroport.

ACAST : Comment décririez-vous votre quotidien à proximité d’un aéroport ?

AE : Je travaillais sur Paris, mais on peut dire que je vivais au rythme des avions chaque fois que j’étais chez moi : réveil à 6h par le premier vol et coucher vers minuit par le dernier vol (le couvre-feu réglementaire est rarement respecté...). A longueur de journée, c’est un ballet incessant d’avions qui décollent ou atterrissent tous les minutes dans un vacarme infernal. Cela signifie que pour entendre la télévision ou la radio, il fallait mettre le volume relativement haut. En extérieur, on était obligé d’hurler pour s’entendre les uns les autres, voire d’attendre entre deux avions pour se parler. Au final, on en a pris plein les oreilles. De nombreuses études ont montré que les personnes habitant près des aéroports connaissent des symptômes de surdité beaucoup plus tôt que la moyenne de la population.

Enfin le kérosène est très perceptible. Tout d’abord, par son odeur écœurante et quasi-permanente mais aussi par son dépôt, sous forme de « suie », un peu partout : le kérosène noircit les façades des habitations ; il fait crever les espèces dans les jardins ; enfin, il dévaste la flore des rivières et des forêts, et par conséquent la faune, qui ne peut plus s’alimenter correctement. Et quid de nos poumons ?... Inconsciemment, on en subit les conséquences : fatigue, stress, irritabilité, santé fragile. Maintenant je respire enfin.

ACAST : Toutes ces nuisances que vous décrivez sont dues a priori au trafic aérien. Peut-on imaginer qu’en s’éloignant davantage de l’aéroport, on soit à l’abri de toute nuisance liée à la présence de l’aéroport ?

AE : Comme je vous l’ai dit, les avions ont un impact direct indéniable sur l’environnement mais il faut voir l’aéroport globalement. En effet, la présence d’un aéroport génère un trafic important - qu’il s’agisse des voitures de voyageurs, des taxis, des navettes aéroport-ville ou aéroport-hôtels, de toute la logistique liée au frêt (poids lourds, trains, etc.) - et une forte urbanisation industriel composée en majorité de bâtiments et d’entrepôts liés à la logistique. Un tel trafic constitue des nuisances supplémentaires non négligeables.

ACAST : Comment la présence d’un aéroport a t-elle, selon vous, modifiée le paysage socio-économique ?

AE : Les communes et banlieues avoisinantes ont été désertées par les riverains qui se sont agglutinés dans des banlieues un peu plus éloignées. Du fait, ces banlieues « d’accueil » ont littéralement explosé en termes de densité de population, d’urbanisation et de prix immobiliers. La demande immobilière est telle que le prix au mètre carré a perdu toute rationalité, seuls les plus fortunés peuvent s’offrir une maison ; les autres sont contraints de se contenter d’appartements (de cages à lapin devrais-je dire...), voire ont du mal à trouver un logement disponible. Les espaces verts sont réduits à quelques squares. A Toulouse, on commence à ressentir ce même phénomène : migration des riverains de l’aéroport vers des coins plus tranquilles, pénurie des logements et flambée des prix immobiliers.

ACAST : Et en termes purement économiques, quel est votre constat ?

AE : La désertion des communes et banlieues dans un périmètre de 30 km a naturellement entraîné la fermeture des petits commerces au profit de la création de grandes surfaces aux abords des banlieues bondées plus éloignées. C’est, du coup, pour les habitants un nouveau style de vie. On ne va plus chez ses commerçants de quartier que l’on connaît bien et qui vous connaissent bien, mais dans des « usines » de grande consommation où les clients sont perçus comme des portefeuilles sur pattes et où l’on fait la queue interminablement aux caisses. Il n’y a plus de relation de proximité. Chacun sait aussi le pouvoir de négociation que les grandes surfaces ont sur leurs fournisseurs, ce sont elles qui dictent leurs lois et pas l’inverse (les reportages sur la question ne manquent pas) ! En termes d’emploi, il faut bien voir que si le « progrès » en créés d’un côté, souvent au profit de quelques-uns comme les grandes surfaces, il en supprime inévitablement beaucoup d’autres, et par là même, modifie profondément l’équilibre de la concurrence.

ACAST : Que pensez-vous des personnes qui sont pour l’aéroport en Midi-Pyrénées ?

AE : je pense que chacun a le droit d’avoir son opinion. Toutefois, il suffit de lire la presse, notamment liée à l’emploi, pour s’apercevoir que de plus en plus de gens fuient les nuisances des grandes villes et des aéroports au profit de régions plus vertes où la qualité de vie a encore tout son sens, souvent même au prix d’un salaire beaucoup plus bas. A ce titre, la région Midi-Pyrénées est l’une des plus convoitées (voir Courrier Cadres du 3 avril 2003, numéro spécial Midi-Pyrénées). Donc, d’après mon expérience, être en faveur de la construction d’un aéroport, surtout dans une si belle région, c’est avoir une méconnaissance totale de ce que peut être la vie (l’enfer ?) aux environs d’un aéroport en termes d’environnement. Pourquoi ces gens ne vont-ils pas sur le terrain - Roissy, Orly, Blagnac ou ailleurs - où la grogne des habitants est révélatrice ? mais aussi en termes d’économie et d’emploi (les aéroports à la campagne, comme celui de Saint-Exupéry à Lyon, de Mirabel à Montréal ou encore de Malpensa à Milan, sont autant d’échecs cuisants qui devraient pourtant nous servir de leçon). Que les gens se renseignent ! Les personnes qui sont pour le projet d’aéroport ne se rendent vraiment pas compte de la chance qu’elles ont de vivre dans une région où la qualité de vie est aussi exceptionnelle. Et pour celles qui disent que l’on ne peut pas continuer à vivre en Ariège comme au XVIIIe siècle, qu’elles se rassurent : aujourd’hui, outre l’eau courante et l’électricité, la télévision, la radio, la presse et l’Internet nous permettent de vivre à notre époque !